Le ciel et le paysage semblent appartenir à l’ordre de l’immatériel : une ligne lointaine, une étendue, une lumière qui change, un espace que le regard traverse sans pouvoir le saisir. Pourtant, les oeuvres réunies dans «Textures d’horizon» donnent à voir des paysages qui ont une matière, une épaisseur, une texture.
Elles ne cherchent pas tant à représenter un territoire qu’à faire éprouver ce qui se joue entre le regard et celui-ci : sa lumière, ses transformations, ses projections et ses imaginaires. Les quatre artistes réunis dans l’exposition — Matthieu Gafsou, Henry Glavin, Benoît Huot et Gian Losinger — abordent ainsi le paysage depuis des pratiques et des sensibilités très différentes. Photographie, peinture, sculpture et textile deviennent autant de manières de déplacer notre perception d’un espace familier et, parfois, de le rendre étrange.
Chez Matthieu Gafsou, le paysage alpin est à la fois spectaculaire et fragile. Son image d’un glacier montre une masse de glace traversée de strates, de couleurs et de reflets. La surface photographique devient presque une matière en soi. Mais cette beauté n’est jamais complètement innocente : les gouttes d’eau que Gafsou ajoute ou manipule dans ses tirages introduisent dans l’image la réalité physique de la fonte. Ce qui pourrait apparaître comme une surface abstraite ou précieuse devient alors le fragment d’un paysage en transformation. Le glacier n’est pas seulement représenté : il devient le lieu d’une tension entre contemplation et disparition.
Les paysages de Henry Glavin procèdent autrement. Ses vues de Bâle et de Neuchâtel semblent, au premier regard, relever d’une représentation reconnaissable du réel. Pourtant, quelque chose résiste à cette lecture immédiate. Les perspectives sont légèrement déplacées, les proportions étirées et les ombres semblent parfois obéir à une logique qui leur est propre. La peinture de Glavin introduit ainsi un décalage subtil dans des paysages ordinaires.
Le ciel, notamment, devient un espace instable où les variations de lumière modifient la perception du lieu : ce que l’on croyait connaître se transforme progressivement en une scène presque irréelle. Benoît Huot quant à lui modifie la représentation du réel en lui ajoutant une dimension fabuleuse. Sa créature hybride semble provenir d’un territoire imaginaire, mais elle est pourtant constituée d’éléments bien réels : tissus, perles, fragments et objets collectés au fil du temps. Par l’assemblage de ces matériaux hétérogènes, l’artiste compose une figure qui semble porter plusieurs histoires à la fois. Le paysage n’est plus devant nous, il est devenu une créature, un corps, une accumulation de matières. L’horizon se déplace ainsi vers un espace fantastique où le vivant, l’objet et l’imaginaire peuvent se mêler.
Les photographies de Gian Losinger proposent enfin une expérience plus directe de l’espace. En cadrant de vastes étendues de ciel, l’artiste réduit parfois le paysage à une ligne d’horizon et à une immense surface colorée. L’oeil se retrouve face à un espace presque abstrait, dont les nuances — du bleu profond aux couleurs du lever ou du coucher du soleil — modifient progressivement notre perception de la profondeur. Ces images invitent moins à identifier un lieu qu’à éprouver une sensation d’espace : être face au ciel, mais aussi face à quelque chose qui nous dépasse. Réunies, ces oeuvres ne proposent pas une définition du paysage, mais une série de déplacements. Tour à tour territoire menacé, ville rendue étrange, créature fantastique ou étendue abstraite, le paysage cesse d’être un simple décor pour devenir une matière à transformer. «Textures d’horizon» s’intéresse ainsi à ce qui se joue dans notre regard : ce que nous reconnaissons, ce que nous projetons et ce qui nous échappe. Entre réel et imaginaire, matière et image, les quatre artistes ouvrent différentes manières d’éprouver l’horizon — non plus comme une limite, mais comme un espace de transformation.








